echo '';
France

Ouganda : face-à-face à Kampala – Le Point

Ouganda : face-à-face à Kampala - Le Point


Bobi Wine est-il assigné à résidence ? Alors qu’il conteste toujours les résultats de la présidentielle du jeudi 14 janvier, le leader de l’opposition ougandaise a appelé dimanche la communauté internationale à réclamer la levée de son « assignation à résidence ». Le bras de fer est engagé avec le pouvoir qui balaie d’un revers les propos de l’ex-chanteur. Depuis la proclamation de la victoire de Yoweri Museveni avec 58,6 % des voix, l’opposition s’organise pour contester, par toutes les voies et moyens, ces chiffres. En face, une véritable machine s’est mise en branle pour empêcher Wine et ses proches d’agir.

Assigné à résidence de fait

Deuxième du scrutin avec 34,8 %, l’ancien chanteur de ragga lancé en politique – Robert Kyagulanyi de son vrai nom – assure que le scrutin a été entaché de fraudes et constitue une « mascarade complète ». Il n’a pas quitté sa maison de Kampala depuis qu’il est allé voter jeudi et assure qu’il est « assiégé » par les soldats et la police qui ont encerclé sa maison, empêchant quiconque d’entrer ou de sortir. « Nous sommes là, nous n’avons plus de nourriture et personne n’est autorisé à entrer ou sortir », a-t-il déclaré lors d’un échange avec des journalistes via Zoom sur une ligne « clandestine » grésillante, alors que l’Ouganda reste sous un black-out Internet pour le cinquième jour – rapportent nos confrères de l’Agence France-Presse. « Nous n’avons été accusés de rien », a-t-il ajouté.

Bobi Wine, 38 ans, affirme avoir des vidéos de bourrages d’urnes, de soldats forçant le choix des électeurs ou de bulletins de vote pré-cochés. Et c’est justement cela qui effraie les autorités. De fait, le black-out Internet empêche ses avocats de lancer une procédure judiciaire, a-t-il dit. C’est pourquoi, il a appelé à des sanctions internationales contre le président Museveni, à la libération de prisonniers politiques, au rétablissement d’Internet, à un audit international sur l’élection et à ce que « toutes les nations revoient leurs relations avec l’Ouganda ». Même s’il n’a pu rencontrer les responsables de son parti pour décider de la suite, il a affirmé qu’ils mettaient sur la table « toutes les options non violentes, légales et constitutionnelles, y compris des manifestations légales et pacifiques ».

« Notre leader (…) est effectivement assigné à résidence », a déclaré le porte-parole de la Plateforme de l’unité nationale (NUP) Joel Ssenyonyi lors d’une conférence de presse, ajoutant que personne n’était autorisé à rendre visite à Bobi Wine. « Sa maison n’est pas un centre de détention. Nous sommes très préoccupés par l’état dans lequel lui et sa femme se trouvent », a-t-il ajouté.

Pour les autorités, le motif d’un tel déploiement de force est tout trouvé. Le porte-parole de la police, Fred Enanga, a déclaré que les forces de sécurité « maintenaient la sécurité » autour du domicile de Wine comme mesure préventive contre d’éventuelles émeutes. « Wine est autorisé à quitter son domicile sous escorte afin d’empêcher ses partisans de provoquer des émeutes et des manifestations violentes », a-t-il indiqué.

« Une fois de plus, une clique minoritaire s’impose à la majorité de l’Ouganda. Nous allons résister à cette situation. Nous allons dire non en utilisant tous les moyens prévus par la loi », a-t-il ajouté. Le parti de Bobi Wine avait indiqué plus tôt que le député Francis Zaake, arrêté vendredi lors d’une tentative de visite au domicile de l’opposant, a été admis à l’hôpital après avoir été « sévèrement battu et brutalisé » par les forces de sécurité. Se faisant appeler le « président du ghetto », Bobi Wine peut compter sur un fort soutien des jeunes vivant dans les villes, où la frustration face au chômage et à la corruption est élevée. La situation de l’opposant n’est pas sans rappeler celle qu’avait dû affronter l’opposant Kizza Besigye après les élections présidentielles de 2016, au moment de sa défaite face à Museveni.

À LIRE AUSSIOuganda : Yoweri Museveni, ex-guérillero, président inamovible

Faire taire toute forme de contestation

Ancien guérillero, d’abord applaudi comme un dirigeant moderne après les horreurs des régimes d’Idi Amin Dada et Milton Obote, Yoweri Museveni, âgé aujourd’hui de 76 ans, s’est progressivement mué en président autoritaire, écrasant toute opposition. Son parti hégémonique, le Mouvement de résistance nationale, a modifié deux fois la Constitution pour lui permettre de rester au pouvoir. Il a affirmé qu’il s’agissait de l’élection la plus propre de l’histoire du pays. Washington a réagi, et s’est dit « profondément troublé » par « les nombreuses informations crédibles faisant état de violence des forces de l’ordre pendant la période préélectorale et d’irrégularités pendant le scrutin », dans un communiqué du département d’État américain publié dans la nuit. Le scrutin de jeudi s’est déroulé dans un calme apparent, mais sous la forte et oppressante présence de policiers antiémeutes et de militaires. Il s’est tenu à l’issue d’une campagne particulièrement violente, marquée par des morts, des agressions contre les médias et de nombreuses arrestations de membres de l’opposition. Le porte-parole de la police Fred Enanga a annoncé que 55 personnes avaient été arrêtées au cours de la période électorale pour « actes violents ». « Bien que les élections aient été pacifiques et aient été un succès, il y avait des éléments criminels qui voulaient provoquer des violences », a-t-il dit, ajoutant que ces derniers seraient traduits en justice.

À LIRE AUSSIÉlection présidentielle en Ouganda : un saut dans l’inconnu

Sortir du black-out

Dans le même temps, l’accès à Internet a été partiellement rétabli, a déclaré ce lundi 18 janvier un porte-parole du gouvernement, après cinq jours de suspension quasi totale. Les réseaux sociaux et services de messagerie ont été suspendus à partir du 12 janvier et l’accès à Internet était très perturbé depuis le 13 janvier, le gouvernement ayant évoqué des raisons de sécurité nationale. « Internet a été rétabli. Les autres plateformes sont toujours à l’étude », a déclaré lundi à l’AFP le porte-parole du gouvernement, Ofwono Opondo. Il a ajouté que ce rétablissement partiel pourrait être étendu « en fonction de ce qu’il se passe lors de la phase initiale d’ouverture de la connexion ». « Nous conseillons aux internautes, notamment ceux de l’opposition, de ne pas l’utiliser pour promouvoir de la propagande haineuse, des menaces, de l’intimidation comme nous l’avons observé avant (la coupure) », a-t-il ajouté.

Les réseaux sociaux restent encore très perturbés à Kampala, où des millions de personnes n’ont pas été ou presque en mesure d’envoyer des e-mails, d’effectuer des recherches ou d’utiliser Facebook depuis une semaine. L’Ouganda compte 20 millions d’utilisateurs d’Internet, soit près de la moitié de sa population, selon des chiffres du régulateur des télécommunications. Les données de NetBlocks, une organisation non gouvernementale qui recense les pannes d’Internet, montrent selon elle une planification en amont du blocage. « Il s’agit d’un des black-out à l’échelle nationale les plus méthodiques que nous ayons observés », a déclaré l’organisation à l’AFP.

À LIRE AUSSIOuganda : la menace du pouvoir s’accroît sur l’opposant Bobi Wine


Lien Source

Recommander0 recommendationPublié dans France

Share This Post