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France

Les syndicats de police sceptiques sur l’annonce d’Emmanuel Macron


Des policiers patrouillant à Rennes en avril 2020 — Mathieu Pattier/SIPA
  • Dans une interview au média en ligne Brut, vendredi, le président de la République a abordé la question des contrôles au faciès et a annoncé le lancement en janvier d’une plateforme nationale de signalement des discriminations.
  • Estimant qu’Emmanuel Macron est en train de lâcher les policiers, les principaux syndicats de gardiens de la paix ont appelé samedi à cesser les contrôles d’identité.
  • Pour déminer une situation explosive, le chef de l’Etat convoquera en janvier une sorte de « Grenelle de la police », qui réunira des représentants des forces de l’ordre, des élus et des citoyens. Emmanuel Macron y interviendra « personnellement », précise-t-il dans une lettre adressée au secrétaire général du syndicat Unité SGP Police-FO, Yves Lefebvre.

Après le « Grenelle de l’environnement », le « Ségur de la Santé », voici le « Beauvau de la sécurité ». Quatre jours après avoir déclenché un tollé dans les rangs de la police en évoquant,
au cours d’une interview accordée à Brut, les questions des contrôles au faciès et des
violences policières,
Emmanuel Macron a annoncé qu’il réunira en janvier, autour d’une même table, « forces de l’ordre, élus et citoyens ». Objectif : « Améliorer les conditions d’exercice » des policiers et gendarmes, a écrit lundi le chef de l’Etat dans un courrier adressé au secrétaire général du syndicat Unité SGP Police-FO, Yves Lefebvre. « J’y interviendrai personnellement », souligne-t-il dans cette lettre consultée par 20 Minutes

Ce « Beauvau de la sécurité » sera « la première pierre de la grande loi de programmation de la sécurité intérieure que les forces de l’ordre méritent depuis longtemps », a précisé le ministre de l’Intérieur sur Twitter. L’événement s’articuliera autour des sept chantiers énumérés par Gérald Darmanin fin novembre
à l’Assemblée nationale : formation, encadrement, moyens, captation vidéo des interventions, inspection, effectifs et
lien entre police et population, dont la lutte contre les discriminations et le rapport aux médias.

« C’est une démarche ambitieuse du président de la République pour consolider la relation de confiance entre les forces de l’ordre et les citoyens », assure un cadre de la majorité LREM. En amont, Gérald Darmanin recevra pour sa part les syndicats de police, le 18 décembre, pour qu’ils lui présentent des « propositions d’amélioration du fonctionnement des forces de l’ordre ».

« On a besoin de changements profonds »

Face à la colère des policiers mais aussi la défiance croissante des Français après plusieurs affaires de violences policières, Emmanuel Macron tente de reprendre en main le dossier de la sécurité, qu’il avait un peu délaissé depuis son accession à l’Elysée. Mais convoquer un « Beauvau de la sécurité » suffira-t-il à déminer une situation qui devient de plus en plus explosive ? Faut-il attendre une grande refonte de l’institution policière ? « Cette annonce est positive, mais il ne reste que 500 jours à Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur », souligne Linda Kebbab, déléguée générale du syndicat Unité SGP Police-FO. « On a besoin de changements profonds dans la police nationale, que l’on réponde aux critiques formulées par notre organisation par le passé. Il ne faut donc pas traîner. »

Pour éviter que ce « Beauvau de la sécurité » ne soit « bâclé », comme l’a été selon elle le Livre blanc sur la sécurité, publié tout récemment, Linda Kebbab estime que le président de la République doit, cette fois, « prendre en compte les doléances des personnels ». En finir avec « la
politique du chiffre » est, dit-elle, « primordial » car « c’est l’un des maux de la police nationale ». Les agents, poursuit-elle, doivent retrouver le « sens » de leur métier. Ils ont d’autres choses à faire que « d’arrêter les shiteux » pour nourrir les statistiques ministérielles alors qu’ils pourraient « prendre le temps » pour « faire du travail d’observation », « de renseignement de terrain ». « Il faut qu’ils aient l’impression de contribuer à améliorer la sécurité des concitoyens. » Reste à savoir si Gérald Darmanin, ancien ministre du Budget
amateurs de chiffres, entendra cette proposition.

« Mascarade politique »

Du côté du syndicat Alliance, on dénonce un « subterfuge », une « mascarade politique » dont le but est de « faire oublier » aux policiers les propos évoqués par le président lors de son interview à Brut. « Nous, on ne les oublie pas », dénonce Fabien Vanhemelryck, secrétaire général de l’organisation, prévenant qu’il ne répondrait pas à l’invitation présidentielle. « C’est indécent, vis-à-vis des collègues qui sont en colère aujourd’hui, d’essayer de leur faire croire qu’une réunion va arranger les choses. Ils n’y croient plus, ils veulent du concret. » Le syndicaliste rappelle qu’Emmanuel Macron n’a pas donné suite
aux revendications d’Alliance sur « la protection du policier ». « Tant qu’il ne nous aura pas répondu, je ne vois pas pourquoi on participerait », ajoute Fabien Vanhemelryck.

En attendant ce grand raout de la sécurité, qui suscitera certainement un grand nombre de déceptions et de frustrations, tant du côté des policiers que des citoyens, les mouvements de policiers relatifs aux contrôles d’identité, commencés samedi, se poursuivent. Le syndicat Unité SGP Police-FO a notamment préparé des coupons de « non-contrôle » que les policiers remettent à certaines personnes. D’autres agents, lundi soir, quai de Bercy à Paris, ont au contraire arrêté tous les véhicules pour ne pas être accusés d’effectuer des contrôles au faciès.



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