echo '';
Actualités

Les « professionnels des élections » et l’élitisme de la médiocrité 

A chaque épreuve votative, les « professionnels des élections » reviennent avec des idées innovantes et des tactiques nouvelles, mais aussi anciennes, pour s’assurer des places dans les conseils communaux, régionaux ou au Parlement dans le dessein de pérenniser leurs « privilèges ». Comment sont-ils devenus légion portant ainsi préjudice à la jeune expérience « démocratique » qui est la nôtre ? Qui sont-ils et quel est leur modus operandi ? 

Cela fait des années que l’on parle par-ci et par-là d’un problème majeur de formation et de rotation des élites ici-bas. Sauf qu’il reste rare de croiser des travaux qui vont jusqu’aux origines de ce mal de la « démocratie » marocaine, qui, faut-il le souligner, cherche depuis une soixantaine d’années son modèle « démocratique ».

Si l’éminence grise de l’après-indépendance témoignait d’une certaine élévation de l’esprit, justifiant le sens propre du terme élite –qui renvoie à une certaine méritocratie, celui qui est choisi est jugé le plus souvent meilleur–, l’on s’aperçoit ces dernières décennies qu’on s’est mis dans un cercle vicieux d’« élitisme de la médiocrité ». Comment est-on arrivés là et quels rôles a joués l’« élite » partisane dans ce sens ?

Interpellé à ce propos, le président de l’Association marocaine pour la protection des biens publics (AMPBP), Mohammed Ghalloussi, a mis en exergue la responsabilité des « professionnels des élections » et des élites partisanes dans l’instauration d’un élitisme « de nivellement par le bas ».

Des conseils pris en otage

Les qualifiant de « pilleurs de deniers publics », Ghalloussi a considéré que « des corrompus et des gens avec des casiers judiciaires innovent afin de s’assurer un accès permanent aux institutions représentatives ».

Un accès qui leur permet « d’assurer la continuation de toutes les formes d’avantages, de rentes et privilèges, de gonfler leurs comptes et de nourrir leurs intérêts pour continuer à accumuler les richesses et construire des réseaux ramifiés de relations interconnectées dans diverses directions ».

Cet activiste de protection des deniers publics explique que « des réseaux locaux en particulier font obstacle à tout développement des villes, dont certaines ont été « ruralisées » à cause des magouilles de ce genre d’« élites » ».

Pour le président de l’AMPBP, nombreuses sont les communes, citadines ou rurales, qui demeurent otages d’un certain type d’ « alliances et de relations pérennisant certaines « élites », parfois les mêmes visages, à la tête de la gestion des affaires locales ».

Les "professionnels des élections" et l’élitisme de la médiocrité 
© DR.

Il s’agit de réseaux qui s’échangent des informations et des données exclusives qui permettent à ces élites corrompues d’obtenir des avantages comme, à titre d’exemple, le foncier public à des prix symboliques sous prétexte de « promotion d’investissement, etc ».

Dans son échange avec Hespress Fr, Ghalloussi donne l’exemple des délits d’initiés concernant les plans d’aménagement. « Le fait d’avoir accès à l’avance au plan d’aménagement permet à certaines élites d’intégrer le marché de l’immobilier et de profiter de l’ignorance des propriétaires lambda en alléguant qu’il ne s’agit que d’une propriété agricole sans grande valeur », illustre-t-il.

Des professionnels des élections et de mauvais exemples

Outre le profit réalisé par ces « élites » qui savent préalablement que la valeur des terrains va se multiplier d’une manière exponentielle dès qu’ils entreront dans l’agglomération, il ajoute une couche en précisant « ces mêmes élites veilleront sur la mise en œuvre desdits plans ».

Ghalloussi va plus loin en notant que ces élites ont accès à d’autres informations qui étendent leur pouvoir et leur influence. À titre d’exemple, il cite les emplacements des biens immobiliers « délaissés », tels que ceux détenus par certains étrangers ayant quitté le Maroc depuis longtemps et ceux dont les propriétaires sont morts sans identification d’héritiers, etc.

Ces élites peuvent avoir recours à des méthodes louches du genre fabrication de faux documents pour dévaliser ces biens immobiliers, détaille cet avocat.

Estimant que « ces manipulations et fraudes s’étendent au domaine des dérogations exceptionnelles, permis de construire, autorisations d’ouvrir des commerces ou d’occupation du domaine public, marchés locatifs, parkings, taxe sur les terrains urbains nus … », il s’est arrêté sur l’impact de l’enrichissement illégal de ces « élites » sur l’ensemble du « cycle de production des élites ».

Le cercle vicieux de la médiocratie   

« On entend souvent dire qu’un tel n’était qu’un simple ouvrier, un journalier ou un simple artisan, et du jour au lendemain il est devenu l’un des riches de la commune où il s’est présenté aux élections », a-t-il rappelé.

« Ainsi, il commence à glaner les « victoires » aux élections l’une après l’autre est devient promoteur immobilier ou homme d’affaires gérant un portefeuille de différentes entreprises dans divers domaines grignotant des parts du gâteau des transactions et des commandes publiques », s’est-il désolé.

Regrettant que « ces élites s’enrichissent rapidement sans être soumises à aucune reddition des comptes », Ghalloussi a mis le doigt là où le bât blesse. Ce militant soulève, à ce propos, que le préjudice causé par ces élites ne s’arrête pas dans les malversations et la corruption, mais peut nous entraîner dans un cercle vicieux de l’élitisme « médiocratique ».

Face à l’absence de reddition des comptes, ces notables de la dernière minute peuvent constituer l’exemple à suivre pour les moins jeunes.

« Certains jeunes des quartier ou des villes auxquels appartiennent les symboles de ces élites hybrides cherchent à suivre le même chemin en quête d’une vie meilleure. Ainsi, la roue de la corruption et de la rente tourne, et risque de devenir une culture sociétale ». Dit autrement, selon ses termes, « une fatalité à laquelle on ne peut pas échapper ». Face à cela, « le comportement honnête devient un comportement anormal », se désole le militant.

De la responsabilité de l’Etat et des partis

S’agissant du mode opératoire de ces élites, notre source explique que ces mini-groupes de pression se présentent avec plusieurs listes sous la bannière de différents partis ou via les listes indépendantes. Et ce, bien évidemment, en s’appuyant sur leurs relations tentaculaires.

Ce militant de protection des deniers publics tient pour responsable de cette décadence « certains partis politiques qui ont perdu leur décision et répudié toute référence morale et politique se mettant à la merci de certains « êtres électoraux » qui contrôlent leur destin ».

Ghalloussi responsabilise, non seulement, les élites partisanes qui partent à la recherche des notables et des professionnels des élections pour financer leurs campagnes, mais aussi l’État qui consacre l’impunité et l’absence de reddition des comptes.

Selon cet homme de loi, même les jugements prononcés à l’encontre des prévaricateurs et des corrompus ne sont pas proportionnels aux crimes commis. « Non seulement il y a une absence de volonté politique de rompre avec la corruption et la rente, mais il y a aussi une faiblesse de la répression générale et particulière », souligne-t-il à ce titre.

Lien Source

Recommander0 recommendationPublié dans Actualités

Share This Post