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Julien Bayou : « Emmanuel Macron perdra contre Marine Le Pen »

Julien Bayou : « Emmanuel Macron perdra contre Marine Le Pen »


«  Oui, j’ai mangé de la viande au petit-déjeuner, tous les jours, pendant des années. » C’est une confession rare et inattendue, qui ferait tressaillir n’importe quel végan qui vote EELV, de Julien Bayou. La tête de liste EELV aux élections régionales en Île-de-France et secrétaire national du parti depuis 2019, s’amuserait presque de la polémique du moment sur les cantines lyonnaises. Le signe de la fébrilité du parti majoritaire, selon lui. Européennes, municipales et peut-être régionales, les Verts engrangent, sûrs d’eux, et se permettent même de négliger le Parti socialiste, autrefois grand frère, aujourd’hui satellite. Anne Hidalgo à une primaire écologiste ? Non, merci, sans façon. Audrey Pulvar, une concurrente sérieuse ? Il attend toujours le projet. Les Verts ont le vent en poupe et le premier d’entre eux, Julien Bayou, le sait pertinemment. Au point d’afficher un sourire carnassier à chacune de nos questions.

Le Point : Êtes-vous d’accord avec la proposition de la Mairie de Paris de reconfiner la capitale pour trois semaines ?

Julien Bayou : D’abord, je me félicite que les mairies aient enfin le droit à la parole. Depuis plus d’un an nous demandons que les élus locaux soient associés aux décisions. Concernant Paris,il y a une proposition sur la table, elle sera débattue, mais je crois qu’il y a un problème de méthode dans cette histoire. Certains oublient que Paris n’est pas l’Île-de-France. C’est un symptôme très parisien, une obsession presque, qui existe depuis trop longtemps à la Mairie de Paris. Oublier la petite couronne, c’est une erreur. Il y a un million de personnes qui prennent le RER A et qui passent par Paris, c’est 900 000 pour le RER B.

De quelle maladie cela est-il le symptôme alors ?

Quel message envoie-t-on quand Paris décide sans banlieue ? L’aménagement du territoire est conçu de manière à se concentrer sur une « ville centre », dont la périphérie serait le serviteur. Si un confinement doit être décidé, c’est à l’échelle de la région qu’il faut le faire. Paris ne peut plus décider sans sa banlieue. À l’aune des régionales, c’est un sujet très intéressant qui est mis sur la table. Rendez-vous compte : 1 % du territoire géographie (Paris) concentre 20 % de la population. Mon ambition pour la région Île-de-France, c’est justement de déconcentrer Paris pour redynamiser les territoires périphériques et les villes moyennes.

Cette semaine a été le théâtre d’une passe d’armes entre le gouvernement et la mairie EELV de Lyon qui a décidé d’instaurer temporairement un menu unique sans viande dans les écoles en raison des contraintes sanitaires…

(Il coupe). Je ne vais pas chroniquer plus que cela n’a déjà été fait. Je constate deux choses. La première, c’est que si nous faisons autant déjanter la macronie sur un tel sujet – quand Gérard Collomb en mars dernier a pris exactement la même décision, il n’y a eu aucun commentaire –, c’est bien qu’ils nous craignent et nous désignent comme une alternative politique sérieuse. La deuxième, c’est qu’il y a un défaut de priorisation des sujets importants au gouvernement. Voir Gérald Darmanin s’occuper des cantines scolaires plutôt que de la pandémie, plutôt que de la sécurité des personnes et je pense notamment aux rixes de bandes en Essonne, c’est le signe que quelque chose ne fonctionne pas au gouvernement. Gérard Collomb ministre de l’Intérieur, c’était déjà la déchéance, mais avec Gérald Darmanin, c’est minable et à l’image de ce personnage.

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Vous seriez donc l’alternative au face-à-face Marine Le Pen-Emmanuel Macron ?

Oui. Trois projets politiques sont sur la table aujourd’hui : le passé, le présent et l’avenir. Le passé, c’est Marine Le Pen. Un retour vers un passé fantasmé, qui n’a jamais vraiment existé. Elle imagine qu’en rétablissant les frontières, on réglera la pandémie, l’évasion fiscale et le dérèglement climatique. C’est ridicule et cela n’a aucun sens. En l’écoutant, on aurait commandé un vaccin franco-français et on attendrait encore les doses de Sanofi… Emmanuel Macron, c’est le présent. Il s’adapte tellement qu’il ne sait plus quel projet il veut défendre pour les 20 ou 30 ans à venir. Il ne sait même pas ce qu’il veut pour la fin de son quinquennat entre la réforme des retraites et la proportionnelle. Emmanuel Macron, c’est celui qui ne sait plus pourquoi il réforme. L’avenir, c’est la lutte contre le dérèglement climatique et l’injustice sociale, deux défis du XXIe siècle qui sont au cœur de notre projet.

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Vous évoquez les vaccins. Ce que l’opinion observe aujourd’hui, c’est que le Royaume-Uni, qui a fermé ses frontières avec le Brexit, reçoit plus de vaccins que la France. Pendant que l’Europe traîne, les Anglais carburent !

Il n’y a aucun lien de causalité entre le Brexit, c’est-à-dire la fermeture des frontières britanniques, et l’approvisionnement en vaccin. C’est un mensonge ! Rappelons que c’est l’Angleterre et Boris Johnson qui ont laissé filer le virus en espérant atteindre l’immunité collective. Le film entier de cette crise n’est pas terminé. Si on doit tirer une leçon, c’est la suivante : en commandant à 27 ces vaccins, l’Europe a développé une nouvelle capacité de responsabilité qui rend indispensable cet échelon supranational en cas de pandémie.

Bétonner des terres agricoles, c’est la position historique du parti socialiste.

En quoi votre projet est-il différent de celui de votre concurrente aux régionales Audrey Pulvar, élue d’une majorité socialiste et écologiste ?

Je ne connais pas le projet d’Audrey Pulvar. En tout cas, le mien, ce n’est pas « Paris en grand ». Je ne connais pas non plus sa position sur l’artificialisation des terres agricoles de Gonesse (des militants écologistes protestent contre la création d’une future gare du métro du Grand Paris, NDLR). C’est pourtant un sujet majeur de la région Île-de-France. On sait qu’elle a pris position en faveur de la construction de la gare au sein d’Île-de-France Mobilités (l’établissement public administratif des transports franciliens), comme son directeur de campagne Rachid Temal et le PS du Val-d’Oise. Construire une gare, bétonner des terres agricoles, c’est la position historique du Parti socialiste. On aurait pu imaginer un autre discours de défense des terres agricoles, indispensables à l’amélioration des circuits courts, au bio et à la défense des agriculteurs franciliens. Ça me rappelle Valérie Pécresse qui, le 21 janvier dernier, expliquait encore dans une vidéo vouloir défendre un projet de transition écologique à Gonesse pour protéger les terres agricoles. C’est aussi elle qui a porté plainte et convoqué son président devant les tribunaux pour provoquer l’expulsion du chantier et commencer la bétonisation.

Elle se dit déçue que vous, les écologistes, ne la suiviez pas sur la gratuité des transports. Pourquoi ?

On ne défend pas la gratuité des transports, mais la tarification sociale. La gratuité totale, ça n’existe pas et ce n’est pas au Point que je vais l’apprendre. Qui paie cette gratuité ? La région n’a malheureusement pas le pouvoir de lever l’impôt, donc le financement par une taxation comme elle le propose n’est pas d’actualité. Le budget d’IDF Mobilités, c’est plus 10 milliards, dont 5 de la région qui est l’un des principaux contributeurs. Si c’est gratuit, il y aurait donc un trou dans la raquette. Notre priorité, c’est la fiabilité des transports. Avant de faire la gratuité, avant de faire le Paris-Charles-de-Gaulle Express, il faut moderniser les lignes.

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Vous comptez donc faire une campagne de bon père de famille. « Un sou est un sou » est devenu votre credo ?

Cela fait dix ans que je suis élu à la région, alors je connais les grands équilibres économiques. C’est une bonne chose que les petits Parisiens se fassent rembourser leur Pass Navigo, mais il y a une inégalité manifeste avec les autres jeunes Franciliens qui n’ont pas cette gratuité et que l’on a tendance à souvent oublier. L’enjeu des transports, c’est l’investissement. Je préfère que le RER B, qui me dit qu’il me faut 20 minutes entre Arcueil et la gare du Nord, arrive à l’heure que la gratuité. Les usagers sont vent debout contre cette affaire de gratuité. Ce qu’ils réclament, ce sont des trains à l’heure, des nouvelles rames plus modernes et plus sécurisées. Sur l’endettement, je n’ai de leçons à recevoir de personne et surtout pas de la droite. Châtenay-Malabry est la ville la plus endettée de sa catégorie. Bravo à son ancien maire Les Républicains Georges Siffredi qui a, au passage, allègrement bétonné la ville. Les écologistes n’ont pas non plus de leçons à recevoir en matière d’endettement – et de corruption ! – de la part d’élus de droite qui ont dirigé des villes comme Levallois-Perret, Grenoble époque Alain Carignon, Nice, ou encore Marseille. Qui sont les bons gestionnaires dans ce pays ? Ce n’est certainement pas la droite !

Le repas végétarien, c’est le repas laïc par excellence

Vous organiserez à la rentrée des primaires, ouvertes, pour lancer la campagne de 2022. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, même Anne Hidalgo ?

Non, non, pas Anne Hidalgo ! Elle ne pourra pas se présenter à nos primaires. Les sympathisants pourront s’inscrire. Aujourd’hui, nous avons dans les rangs du parti deux à trois candidatures. Il y aura un premier tour puis un deuxième si nécessaire et une désignation du candidat en octobre. Nous aurons alors un projet et une incarnation. Ce sera ensuite le temps d’entamer un dialogue avec les autres forces susceptibles de faire alliance avec nous afin de proposer un projet de gouvernement et les grandes lignes de la mandature. Je ne peux pas vous dire maintenant qui va gagner la primaire écologiste, mais je sais que le ou la candidat(e) sera pro-européen(ne), critique de l’Europe aussi, pour l’accueil des réfugiés, pour les critères d’aides économiques, pour la lutte contre les discriminations sociales, pour l’égalité femmes-hommes, pour la transition du nucléaire vers les énergies renouvelables. Voilà le portrait-robot du candidat qui portera un projet commun.

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Tout le monde se revendique de l’écologie en vue de 2022. EELV n’est-il pas devenu une sorte de Brigitte Bardot de la politique, que tout le monde courtise ?

Je ne sais pas si c’est un compliment… De quelle Brigitte Bardot parle-t-on ? Celle qui défend les animaux ou celle qui s’attaque aux musulmans ? Je ne vous cache pas qu’il est fascinant de voir les autres formations politiques draguer autant sur les terres de l’écologie. Tout le monde se pare de vert dans les discours, mais ceux qui ont tenu bon, contre vents et marées, ce sont les écolos. Je ne suis pas dans Le Mépris comme Brigitte Bardot mais je constate, avec lucidité, les échecs de ce gouvernement en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

L’écologie, il est vrai, est devenue une locomotive électorale, car l’opinion publique y est de plus en plus attachée. Pourtant, l’appareil EELV, lui, crispe encore…

Je ne suis pas certain que le parti soit devenu un repoussoir. Comment expliquer sinon que, malgré les fausses polémiques sur les sapins, le tour de France ou les cantines, nous avons fait un score plus qu’honorable aux sénatoriales. Il y a des grands élus, de territoires ruraux, qui ont fait le choix de l’écologie. Je ne suis pas inquiet sur notre capacité à convaincre. Nous sommes, sur le sujet des cantines par exemple, majoritaires dans l’opinion. Sur les mesures écologiques, nous serons toujours plus tranchants que ce que propose le gouvernement qui arrose là où c’est mouillé.

La viande, les sapins, le tour de France… Ces polémiques ont aussi tendu l’opinion publique.

Je ne le crois pas. Il y a eu un « backlash ». C’est un phénomène très documenté : une minorité se raidit au fur et à mesure que la société évolue. Elle est d’autant plus virulente qu’elle voit le monde changer. Si vous regardez de trop près cette minorité, vous aurez le sentiment que c’est la guerre. Si vous regardez un peu plus loin, vous constaterez que la population évolue à grande vitesse. Aujourd’hui, personne, chez nous, ne veut supprimer purement et définitivement la viande. Nous voulons offrir un choix, une alternative. C’est bon pour le porte-monnaie, pour la santé, pour l’environnement. C’est le repas laïc par excellence. Comme beaucoup de Français, j’ai été élevé dans l’idée qu’un repas équilibré, c’est avec de la viande. Scientifiquement, c’est faux. Je ne vous en cache pas que c’est beaucoup plus dur pour l’adulte que je suis de m’en passer aujourd’hui. J’ai mangé de la viande au petit-déjeuner, tous les jours. Je suis un Français comme les autres. Vous voulez aider les éleveurs français ? Supprimez le Mercosur, privilégiez les circuits courts, la viande de qualité d’origine française. Ce n’est pas être un affreux écologiste que de le dire.

Les écologistes reconnaissent-ils la notion d’islamo-gauchisme ?

Ce qui est excessif est insignifiant. L’islamo-gauchisme n’est rien d’autre qu’une insulte comme le judéo-bolchévisme d’avant. Est-ce que l’on se rend compte du glissement politique dans ce pays ? En 2021, Marine Le Pen est considérée trop molle par le ministre de l’Intérieur d’un gouvernement qui se veut seul rempart contre le Rassemblement national. En 2021, une ministre de l’Enseignement supérieur envisage de remettre en cause la liberté académique. La réalité, c’est qu’Emmanuel Macron est celui par qui le RN peut arriver demain au pouvoir.

Il n’y a que deux forces qui peuvent gagner contre Marine Le Pen : la droite et les écologistes

Vous aviez appelé à faire barrage à Marine Le Pen en 2017, donc à voter pour Emmanuel Macron. Vous vous sentez aujourd’hui « cocufié », comme l’a dit Benoît Hamon ?

On savait qu’Emmanuel Macron serait décevant, mais il arrive tout de même à vous décevoir plus encore. Avec lui, l’écart avec Marine Le Pen s’est considérablement réduit à cause de lui. On est à 48 contre 52 % en moyenne. Si ça, ce n’est pas un signal d’alerte… En continuant cette politique inégalitaire – parce que c’est aussi ça un des carburants du RN –, il peut y avoir un basculement. Il suffirait que la majorité remette sur le tapis la réforme des retraites pour que Marine Le Pen redevienne favorite à l’élection présidentielle. Aujourd’hui, il n’y a que deux forces qui peuvent gagner contre elle : la droite et nous, les écologistes. Emmanuel Macron perdra contre Marine Le Pen.

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On parle beaucoup d’écologie, mais l’autre grand sujet de 2022 sera le régalien. C’est loin d’être un sujet de prédilection d’EELV…

Discutez avec les maires écologistes et ils vous diront la même chose que moi : rendez-nous du bleu, des moyens humains ! Les personnes qui hurlent à l’insécurité sont les mêmes qui ont enlevé des moyens à la police, supprimant la police de proximité, réduisant le temps de formation, actant la réduction du nombre de fonctionnaires et donc de policiers, de soignants, d’enseignants. Ce sont Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, etc. Quand on parle de sécurité, il faut aussi parler des violences domestiques contre les femmes et du harcèlement de rue. Eux n’en parlent pas. En matière de sécurité, la droite n’a aucune leçon à nous donner.

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