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Vaccination le week-end, ouverture aux pharmaciens… Réelle accélération de la vaccination ou coup de communication ?

Vaccination le week-end, ouverture aux pharmaciens… Réelle accélération de la vaccination ou coup de communication ?

Une vaccination à Toulouse, illustration — FRED SCHEIBER/SIPA
  • En France, les mesures s’accumulent pour permettre d’accélérer la cadence de la vaccination.
  • Après avoir notamment augmenté la vaccination le week-end dernier ou ouvert la vaccination aux pharmaciens, une proposition est faite pour également permettre aux vétérinaires de vacciner.
  • Mais derrière ces mesures, de nombreux couacs semblent montrer que la lenteur de la vaccination ne se joue pas là.

Tout avait pourtant si bien commencé. La semaine dernière, le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Santé Olivier Véran annonçaient une accélération massive de la vaccination. Les pharmaciens obtenaient le droit de vacciner à leur tour, tandis que le week-end de l’annonce,
une vaccination massive était déployée en France : 200.000 doses le samedi, et 100.000 le dimanche – 20 fois plus que le dimanche précédent. De quoi croire, le temps de quelques jours, a une réelle mise en marche de la machine et enfin une « vaccination à tour de bras » contre
le coronavirus.

Et puis dimanche soir, l’énorme désillusion a eu lieu, sous la forme d’un mail de la Direction générale de la Santé à 22 heures passé. « Il ne sera pas possible de prendre des commandes pour les médecins compte tenu du nombre de doses livrées par AstraZeneca », des doses alloués aux pharmaciens. Alors que le député Loïc Dombreval a demandé à Olivier Véran une autorisation pour que les vétérinaires puissent vacciner à leur tour, la question se pose. Toutes ces mesures ne sont-elles pas des écrans de fumées pour faire croire à une accélération de la vaccination alors que les doses sont désespérément limitées ?

Le bouchon de février à nouveau redouté

« C’est en tout cas ce que l’on peut craindre », soupire le docteur Jérôme Marty, président du syndicat Union française pour une médecine libre : « Il y a une volonté de donner une impression de mouvement ou de faire du chiffre à tous crins à court terme. » Il prend l’exemple de la campagne de vaccination en janvier, qui avait subitement accéléré… parce que les doses réservées pour la seconde injection (les vaccins Pfizer et AstraZeneca nécessitent deux doses) furent utilisées pour vacciner plus de personnes une première fois (les primo-injections). Un résultat non sans conséquence, puisque en février, le nombre de primo-injections avait fortement reculé, car les doses disponibles furent consacrées à faire des secondes injections. Résultat, un casse-tête logistique et un faible nombre de personnes vaccinées pour le mois de février.

Et c’est un peu ce qui est redouté avec une utilisation massive de doses ce week-end, dont une écrasante majorité de primo-injection (186.400 primo-injections sur les 202.000 doses de ce samedi). De fait, le nombre de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin en France augmente subitement, mais cela peut par la suite entraînait un ralentissement de toute la machine.

Moins de coups d’éclat, plus de régularité

« Au lieu d’avoir des actions coup de poing spectaculaires et faites pour la communication, il serait beaucoup plus efficace d’avoir une ligne claire et de s’y tenir », plaide le docteur Jérôme Marty. Le médecin Michaël Rochoy était sur le front de la vaccination ce week-end. À la suite du mail de la DGS de ce dimanche soir, il estime qu’il aurait pu finalement vacciner le même nombre de personnes au total sans avoir à travailler en plus le week-end à la dernière minute. « Sans compter que ce week-end, c’étaient les plus rapides à s’inscrire à Doctolib qui ont été vaccinés, et non pas nécessairement les plus prioritaires. On peut douter d’un tel procédé », plaide-t-il.

Jérôme Marty s’énerve : « A force de changer de protocole tous les deux jours, on risque de démobiliser et décourager les soignants. Il y a un ras-le-bol général dû à cette absence de ligne claire, le mail de ce dimanche n’est que la goutte de trop. » Et au-delà des soignants mobilisés, c’est avant tout les patients qui en souffrent. Rendez-vous déprogrammé, reporté, avancé, retardé… Difficile d’y voir clair, et facile de se décourager. Résultat, « il faut simplifier tout ça, mettre de la transparence sur les stocks de vaccins pour qu’on puisse enfin prévoir à terme et rassurer le patient sur sa vaccination en date et en heure », plaide Jérôme Marty.

Un problème de dose, pas de bras

Il en va de même pour l’ouverture de la vaccination à d’autres soignants. « C’est évidemment une bonne chose, mais faire croire que cela va accélérer la vaccination, c’est faux. On manque de dose, pas de bras », enchérit Michaël Rochoy, qui ne sait toujours pas s’il pourra tenir ses rendez-vous vaccinaux de ce jeudi faute de dose, ou s’il pourra en commander – ou non – pour la semaine du 22. Une illisibilité qui pèse lourd : « On a peu de doses et en plus c’est une gageure administrative de savoir quand et si on les a », soupire-t-il.

« On veut travailler ensemble, médecins, pharmaciens, infirmiers, etc, mais encore faut-il le pouvoir, et alimenter tout le monde », poursuit Jérôme Marty. Car chacun l’assure, ce n’est pas la volonté ou le savoir-faire qui manque. « Quand on aura assez de doses, on vaccinera à tour de bras, souligne Michaël Rochoy. C’est ce problème qu’il faut régler, le reste c’est plus de la communication que de la solution ». Et le réel souci, c’est que personne ne peut dire quand précisément sera réglé ce problème de dose.

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