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Sciences Po Grenoble : deux professeurs accusés d’islamophobie

Sciences Po Grenoble : deux professeurs accusés d’islamophobie


Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête « pour injure publique envers un particulier par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique […], et dégradation ou détérioration légère de bien destiné à l’utilité ou la décoration publique par inscription, signe ou dessin », alors que des affiches anonymes ont été placardées dans l’enceinte de Sciences Po pour accuser d’islamophobie nommément deux professeurs. La procédure fait suite « au signalement de la direction » de l’Institut d’études politiques (IEP), vendredi, au lendemain du collage de ces affiches à l’entrée de l’établissement, précise un communiqué du procureur de la République de Grenoble, Éric Vaillant. Les deux délits sont punis respectivement de 12 000 et 15 000 euros d’amende.

« Des fascistes dans nos amphis. L’islamophobie tue », pouvait-on lire sur ces affiches, dont les photos circulent sur les réseaux sociaux, avec le nom de deux professeurs de l’Institut. « Traiter des gens de fascistes est une injure. […] Il y a un vrai danger à ce que ces professeurs soient menacés et subissent des conséquences sous cette exposition-là », a précisé à l’Agence France-Presse le magistrat, qui a confié l’enquête au commissariat de Grenoble.

L’ouverture de cette enquête par le parquet grenoblois intervient dans un contexte houleux qui s’est installé ces dernières semaines au sein de l’IEP. Le 27 février dernier, l’Union syndicale Sciences Po Grenoble (US) – le premier syndicat étudiant de l’IEP – avait ainsi porté plainte pour « discrimination syndicale » (classée sans suite depuis, NDLR) contre l’un des deux professeurs visés par les affichages. Ce dernier, dans un e-mail à ses élèves dont l’AFP a obtenu copie, demandait aux étudiants appartenant au syndicat « de quitter immédiatement [ses] cours et de ne jamais y remettre les pieds ».

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D’éventuels « propos problématiques »

L’un de ses cours, intitulé « Islam et musulmans dans la France contemporaine », avait été visé quelques jours auparavant par un appel sur Facebook de l’Union syndicale, demandant aux étudiants de témoigner sur d’éventuels « propos problématiques » qui y auraient été tenus. Le syndicat, qui ne nomme pas le maître de conférences, explique notamment qu’il « souhaite retirer » cet enseignement « des maquettes pédagogiques pour l’année prochaine si lors de ce cours des propos islamophobes y étaient dispensés comme scientifiques ».

C’est « un appel à la délation » avec pour conséquence « une situation de danger grave et imminent », estime aujourd’hui l’avocat du professeur du cours, Me Éric Le Gulludec, interrogé par l’Agence France-Presse. De son côté, l’Union syndicale assure que son appel ne relève que d’« une habitude de sondages menés régulièrement auprès des étudiants ». Interrogée par l’Agence France-Presse, une porte-parole du syndicat a démenti la paternité de l’affichage sauvage ayant visé ce professeur. L’Unef, dont la branche grenobloise a aussi relayé ces affiches sur les réseaux sociaux, a reconnu, dimanche, une initiative «  maladroite et dangereuse  » dans un communiqué, réaffirmant «  son opposition à toute haine, à tout lynchage public et son attachement à la liberté d’expression  ».

Le deuxième professeur visé par le collage est un professeur d’allemand qui enseigne à l’IEP depuis 25 ans. La polémique est née, selon lui, fin novembre d’un groupe de travail informel pour préparer la semaine «  de l’Égalité et contre les discriminations  ». «  Je m’étais inscrit pour préparer une journée thématique au titre : racisme, islamophobie, antisémitisme. […] Je comptais contester dans la discussion avec ma collègue et mes étudiants cet alignement de ces trois termes dans une seule thématique  », a-t-il raconté sur l’antenne de BFM TV. Ce dernier, selon lui, «  exclu du groupe de travail parce que les étudiants se disaient blessés par mes paroles  », a ajouté qu’il a été l’objet depuis janvier d’une campagne menée par les «  plus extrémistes  » d’entre eux. Depuis il est en «  congé maladie  » et a engagé un avocat pour décider de la suite judiciaire à donner.


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