France

Le variant britannique risque-t-il de remplacer les souches existantes en France ?

Le variant britannique risque-t-il de remplacer les souches existantes en France ?

Le variant anglais, qui rend le coronavirus 50 à 74% plus contagieux, pourrait dominer dès les prochaines semaines la circulation virale en France. — UGO AMEZ/SIPA
  • Depuis la fin décembre, plusieurs foyers de contamination au variant britannique du Covid-19 ont été identifiés en France.
  • Un variant qui rend le coronavirus 50 à 74 % plus contagieux.
  • Des chiffres qui laissent craindre que ce variant ne s’impose dans le pays, au risque d’occasionner une flambée.

Il est là. Il se répand. Et devrait poursuivre sa conquête du territoire. Lui, c’est le « VoC 202012/01 », ou variant anglais, souche du coronavirus qui rend la maladie
50 à 74 % plus contagieuse et est responsable d’une flambée épidémique outre-Manche.

Il est présent dans plusieurs zones du territoire. Mais reste à savoir s’il est possible de le contenir ou s’il risque de se propager au point de remplacer la souche qui circulait jusqu’alors en France.

Des clusters du variant anglais répartis sur le territoire

Tout a commencé à Tours (Indre-et-Loire). Le 25 décembre, un premier cas de contamination au variant anglais est détecté chez un Français venu du Royaume-Uni. Les jours suivants, plusieurs foyers sont identifiés, majoritairement reliés au Royaume-Uni. C’est le cas du 
cluster de Marseille (Bouches-du-Rhône) : au total, vingt-quatre personnes ont été testées contaminées, et il semblerait « que l’ensemble des personnes positives au Covid dans ce cluster relevaient bien de la souche britannique », a indiqué l’Agence régionale de santé PACA. Idem
à Cholet (Maine-et-Loire) avec trois membres d’une famille testés positifs au variant. Et au Pays basque, avec au moins neuf rugbymen et un membre du staff de
l’Aviron Bayonnais contaminés après un match contre une équipe anglaise.

Quelques jours plus tard, la contamination détectée chez une animatrice scolaire à Bagneux (Hauts-de-Seine) ne présente aucun lien avec le Royaume-Uni. Un cas autochtone qui témoigne de la probable circulation silencieuse du variant. Au total, en deux semaines, sa présence est repérée dans huit régions : Centre-Val-de-Loire, Corse, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Pays-de-la-Loire, Ile-de-France et Nouvelle-Aquitaine. Et pourrait avoir sévi
dans un Ehpad de Chauny (Aisne), où depuis le 6 janvier, cent dix-neuf personnes ont été testées positives au Covid-19.

Surveiller la progression du variant

Pour déterminer l’ampleur de la circulation en France du variant britannique, une enquête nationale a été lancée la semaine dernière afin de « faire une première cartographie », explique Bruno Coignard, de Santé publique France. Et selon les résultats préliminaires, on recense « à peu près 1 % de variant d’origine anglaise parmi les PCR positives en France » ayant subi
un séquençage spécifique, a déclaré mardi Olivier Véran devant les sénateurs. « C’est une opération qui sera renouvelée très régulièrement, tous les 7 à 10 jours environ », a ajouté le ministre de la Santé.

Une traque qui se poursuit jusque dans les eaux usées, notamment à Marseille et en Ile-de-France. « C’est un indicateur précoce de la circulation du variant, au-delà du dépistage par PCR séquencé », explique Pascal Crépey, épidémiologiste et enseignant-chercheur à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes.

Un variant en passe de s’imposer dans l’hexagone

Pour l’épidémiologiste, aucun doute, « à partir du moment où ce variant se propage plus facilement, il va forcément dominer la circulation virale ». Un avis partagé par de nombreux experts. « A l’AP-HP, nous avons eu des échanges avec de nombreux experts du Conseil scientifique, de l’Institut Pasteur, de Santé publique France et de la mission d’évaluation sur la gestion de la crise du coronavirus, et nous sommes tous d’accord pour dire que le variant est très problématique : il est implanté en France et va se développer, parce qu’il a l’avantage compétitif de mieux se transmettre, confirme le Pr Renaud Piarroux, spécialiste de la gestion des épidémies à l’AP-HP et auteur de La vague. L’épidémie vue du terrain(éd. CNRS). Il est quasiment inéluctable qu’à terme, ce variant prenne le pas sur les souches qui circulent actuellement. D’ici à deux mois et demi, il pourrait dominer », comme au Royaume-Uni.

C’est une question de temps « et d’exponentielle : si on calculait l’évolution d’une épidémie provoquée par ce variant 50 à 75 % plus transmissible, les nouvelles contaminations hebdomadaires augmenteraient beaucoup plus rapidement qu’actuellement, allant pratiquement jusqu’à un doublement dans la pire hypothèse, calcule le Pr Piarroux. Ce serait une catastrophe. Mais ces projections ne seront valables que lorsqu’il sera dominant ». Or pour le moment, « l’épidémie en France progresse assez doucement : environ 20.000 contaminations par jour, deux fois plus que début décembre, soit une hausse des cas de 15 % chaque semaine, rassure-t-il. Avec 1 % de contaminations au variant dans les cas détectés ces derniers jours, d’ici à cinq semaines, il pourrait représenter 10 % des contaminations et devenir la souche dominante au début du printemps. D’ici là, l’immunité collective aura progressé mais
restera insuffisante ».

Vers des mesures plus drastiques pour enrayer la diffusion

Pour le gouvernement, c’est donc une course contre la montre. Après un Conseil de défense sanitaire ce mercredi, le Premier ministre, Jean Castex, devrait annoncer des mesures jeudi. Et si pour l’heure, le gouvernement se refuse à opter pour
un nouveau confinement, la piste d’un 
couvre-feu avancé à 18h sur l’ensemble du territoire pourrait être privilégiée. « Sur le plan épidémiologique, plus on frappe fort et vite, mieux c’est. Mais la suite à donner relève de la décision politique » relève le Pr Piarroux. Et « plus vite on prend des décisions, plus vite elles seront efficaces et éviteront de prendre des décisions encore plus compliquées plus tard », a abondé mercredi le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, évoquant « une course de vitesse » à mener contre cette souche mutante.

Ce qui est sûr, « c’est qu’on ne peut pas laisser l’épidémie progresser de la sorte, insiste le Pr Piarroux. Il faut des mesures drastiques ». Car si le variant ne rend pas la maladie plus grave, s’il s’imposait, il pourrait causer une flambée difficile à maîtriser. « Mathématiquement, cela entraînerait la démultiplication des formes asymptomatiques et peu graves, mais aussi la démultiplication des
formes sévères, rappelle-t-il. Et plus la réaction à cette situation sera lente, plus il sera difficile de contrôler l’épidémie, avec une 
saturation du système de soins. C’est alors la double peine : on ne peut plus prendre en charge la totalité des patients Covid graves, ni les autres non-Covid, et la mortalité augmente beaucoup et vite ». Pour le spécialiste de la gestion des
épidémies, il y a urgence à agir : « si l’on parvient à faire que le
R0 [taux de reproduction du virus] redescende rapidement à 0,80, le variant anglais prendra certes le dessus, mais sur un nombre de cas beaucoup plus faible. C’est le moment de tout mettre en œuvre pour éviter le chaos ».

Lien Source

Recommander0 recommendationPublié dans France

Share This Post