France

à l’issue des interrogatoires des accusés, le mystère reste entier


COMPTE RENDU D’AUDIENCE – Pour la première fois, Berkane Makhlouf a évoqué des coups portés par Cécile Bourgeon à Fiona la veille de sa mort. Ce que la mère de l’enfant nie.

De notre envoyée spéciale à Lyon,

Jeudi 10 décembre, Berkane Makhlouf s’était dit «dégoûté» par les propos tenus par son ancienne compagne, Cécile Bourgeon, lors de son interrogatoire. Le lendemain, au neuvième jour du quatrième procès des deux ex-conjoints, c’était à son tour de s’exprimer sur les faits qui lui sont reprochés : des violences ayant entraîné la mort de la petite Fiona sans intention de la donner en mai 2013, une non-assistance à personne en danger et un recel de cadavre. «Je suis écœuré. Elle a raconté tout et n’importe quoi», a répété l’accusé, pull sable et veste noire, lorsqu’il a été invité par le président de la cour d’assises du Rhône à prendre la parole.

Accusant Cécile Bourgeon de très peu s’occuper de ses filles – «Elle pensait plus à se droguer et à regarder la téléréalité» – Berkane Makhlouf s’est décrit en beau-père attentif envers Fiona. «Je lui racontais des histoires, Les trois petits cochons, on faisait les gestes, elle adorait ça… Son dessin animé préféré, c’était les Simpsons. On jouait à la console, aux Mikado avec des feutres. Quand je l’emmenais à l’école, on faisait la course et je la laissais gagner. Quand j’allais la chercher, elle me sautait dans les bras. Elle était adorable cette gamine. Je l’aimais de tout mon cœur. Fiona, je crois que ça veut dire lumière, c’était vraiment une lumière cette petite.»

«C’était le cauchemar»

Le trentenaire est pourtant loin d’être un modèle… Le président a rappelé qu’il arrivait aux conjoints de laisser Fiona et sa sœur seules pendant qu’ils allaient faire la fête, ou de les emmener dans des squats où ils allaient se fournir en stupéfiants. «On avait des lacunes aussi, bien sûr», a concédé le mis en cause, qui a cependant nié toute violence envers ses belles-filles. «Je peux être violent envers des adultes, mais jamais envers des enfants. Fiona et Émilie*, je ne les ai jamais frappées, je peux le jurer sur mon fils, ce que j’ai de plus cher. Je n’ai jamais frappé Fiona. J’ai peut-être pu lui mettre des petites tapes sur les fesses, comme Cécile faisait, mais je ne l’ai jamais frappée.»

En revanche, Berkane Makhlouf a affirmé que le 11 mai 2013, dans la soirée, son ex-compagne a porté des «coups de pied» et des «claques» à Fiona. «J’étais devant la télé, j’entends gueuler dans la chambre, je me lève. J’ai vu les cheveux de Fiona qui partaient sur le côté, je crois qu’ils ont tapé le mur», a-t-il raconté en mimant la scène. Jeudi, Cécile Bourgeon a pourtant affirmé avec force ne «jamais avoir maltraité» sa fille… Leurs versions concordent sur la suite des événements. Le dimanche matin, Berkane Makhlouf aurait retrouvé l’enfant morte. «C’était le cauchemar. Fiona était recroquevillée sur elle-même, elle avait du vomi qui sortait de la bouche.»

Le corps n’a jamais été retrouvé

«Je tremblais de partout, Cécile était super calme. Je lui ai dit : “Tu te rends compte, Fiona est morte, qu’est-ce qu’on fait ?” On a pris la mauvaise décision, celle de ne pas prévenir les pompiers et d’aller l’enterrer nous-mêmes. On avait peur de se faire enlever les enfants.» Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon ont alors mis l’enfant dans un sac, «ont pris plein de drogues» puis sont partis en voiture «un peu à l’aveuglette». La mère de famille conduisait. De son côté, le beau-père «distrayait» Émilie pour qu’elle «ne regarde pas le sac» dans lequel était dissimulé le corps de sa sœur… Fiona aurait été enterrée près du lac d’Aydat. La dépouille n’a jamais été retrouvée.

«Ce qui est dommage, c’est qu’on n’ait toujours pas la vérité», a glissé l’accusé, arrachant quelques grimaces à l’assistance. «Dommage», c’est le moins que l’on puisse dire. Sept ans et demi après le «calvaire» de Fiona, et alors que le quatrième procès de sa mère et de son beau-père approche de sa fin, le mystère demeure. Mercredi prochain, les juges et les jurés devront donc délibérer avec très peu d’éléments. Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon encourent trente ans de réclusion criminelle. En première instance, le premier a été condamné à vingt ans de réclusion ; la deuxième a écopé de cinq ans de prison.

* Le prénom a été modifié



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