Sarkozy se défend en appel dans l'affaire "des écoutes"

Le procès en appel de l’ancien président de la République dans l’affaire dite « des écoutes » s’est ouvert ce lundi à Paris. Il y a un an, il avait écopé de trois ans de prison dont un an ferme en première instance pour corruption et trafic d’influence.

L’ancien président Nicolas Sarkozy a réaffirmé ce lundi ne « jamais » avoir « corrompu qui que ce soit », déclarant vouloir « défendre son honneur qui a été bafoué par des moyens invraisemblables », à l’ouverture de son procès en appel à Paris dans l’affaire dite des « écoutes ». Il est poursuivi pour corruption et trafic d’influence. L’audience doit durer 15 jours.

En première instance, il avait été condamné à trois ans de prison, dont un an ferme, comme les deux autres accusés: son avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert. L’ex-chef de l’Etat encourt jusqu’à 10 ans de prison.

« Je m’expliquerai sur chacune des écoutes »

La présidente de la cour d’appel Sophie Clément a, comme il est d’usage, vérifié l’identité de l’ex-chef de l’Etat, debout à la barre en costume et cravate noirs sur chemise blanche, avant de lui rappeler son droit au silence et de lui demander s’il contestait sa culpabilité comme sa peine.

« Je n’ai jamais utilisé ce droit (au silence, NDLR), ce n’est pas ici que je vais commencer », a déclaré Nicolas Sarkozy, rejugé avec son avocat historique Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert, après avoir demandé à faire une déclaration liminaire.

« Nous allons entendre les écoutes, je m’expliquerai sur chacune des écoutes », a-t-il déclaré, faisant valoir que les conversations entre un avocat et son client étaient protégées par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme.

Nicolas Sarkozy ironise sur une « corruption étrange »

Ce sinueux dossier trouve son origine dans les interceptions téléphoniques de conversations entre Nicolas Sarkozy et maître Herzog début 2014, sur une ligne non-officielle ouverte sous l’identité de « Paul Bismuth ». Elles n’avaient pas été diffusées en première instance.

« Les mots sont forts, corruption, trafic d’influence. Je suis ancien président de la République, je n’ai jamais corrompu qui que ce soit et admettons que c’est une corruption étrange, sans argent, pas un centime pour personne, sans avantage, pas un avantage pour personne et sans victime, puisque personne n’a été lésé », a-t-il déclaré.

« J’ai été mis en garde à vue devant les caméras du monde entier, libéré à 3h30 du matin, mes conversations ont été écoutées, des commissions rogatoires internationales ont été engagées, une pluie d’écoutes, de fadettes, ont été réalisées, trois semaines devant le tribunal correctionnel de Paris, deux semaines devant la cour d’appel », a-t-il énuméré.

Nicolas Sarkozy « indigné »

« Toute cette affaire m’a gravement nui et si je fais appel (…) c’est parce que le tribunal correctionnel a indiqué qu’un faisceau d’indices fait de Nicolas Sarkozy (…) un coupable », a-t-il déploré.

L’ex-chef de l’Etat a encore fustigé l’écoute de 3500 de ses conversations dans le cadre de l’enquête, assurant que cette surveillance était restée vaine.

« Madame la présidente, je suis avocat, j’ai toujours appris qu’avec des indices graves et concordants, on vous mettait en examen, mais pour condamner, il faut des preuves. Où sont les preuves ? » a-t-il ainsi lancé.

S’excusant de sa « véhémence », il a ajouté: « Quand on est innocent, on est indigné. Je viens ici défendre mon honneur qui a été bafoué dans des conditions invraisemblables. Je viens convaincre la cour que je n’ai rien fait », a-t-il tonné.

Robin Verner avec Vincent Vantighem avec AFP

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