Les Français invités à recenser les oiseaux de leur jardin ce week-end

Depuis dix ans, la Ligue de protection des oiseaux appelle les Français possédant un jardin à recenser les espèces qui volettent dans leurs parages, au cours du dernier week-end de janvier. En prélude à l’opération, la LPO a publié un rapport accablant, chiffrant la chute libre des effectifs de volatiles.

L’invitation est renouvelée deux fois par an et la tradition remonte à une décennie. Depuis 2012, la Ligue de protection des oiseaux présidée par Allain Bougrain-Dubourg appelle les Français disposant d’un jardin à détailler les espèces qui volent au-dessus de leur sol au cours du dernier week-end du janvier et du dernier week-end de mai.

Alors que l’un de ces deux comptages nationaux annuels doit s’effectuer ces samedi et dimanche, un rapport publié mardi par l’association – et s’appuyant donc sur dix ans de témoignages – donne l’alerte: sous l’influence du déséquilibre des écosystèmes, même les populations les plus communes de volatiles régressent.

Opération en deux phases

Il convient d’abord de faire le point sur les modalités de ce recensement. Elles sont simples. Il s’agit seulement de passer une tête dans son jardin, d’y compter les espèces présentes – ainsi que leurs effectifs – puis de consigner ses observations sur la plateforme prévue à cet effet en ligne.

Mais pourquoi répéter l’exercice, et le mener une première fois au coeur de l’hiver, et une seconde à la fin du printemps? L’intérêt, répond le rapport de la Ligue de protection des oiseaux, est de « disposer d’éléments de comparaison à des périodes aux particularités très différentes en termes d’effectifs et de comportements ». Fin janvier, les oiseaux sont en plein hivernage, tandis qu’ils sont plus agités en mai reproduction oblige.

Outre la vertu du contraste, le document explicite plus largement le sens de l’initiative: permettre aux scientifiques de créer une base de données montrant « les dynamiques des populations d’oiseaux communs fréquentant les jardins », puis de « les comparer aux tendances constatées par les programmes de suivis ornithologiques menés par des experts ».

Trompe-l’oeil et constats cruels

Et côté tendances, on ne lit rien de réjouissant dans les conclusions de cette étude diffusée à l’orée de ce nouveau round d’observation. Certes, 49% des espèces dont la présence a été constatée dans les jardins en hiver ont connu une augmentation de leurs effectifs depuis dix ans, 11% d’entre elles marquant toutefois un déclin.

Le regain est particulièrement sensible parmi les mangeurs de graines, comme le prouve spectaculairement le chardonneret élégant, dont la population hivernale bondit de 83%. Sauf qu’il s’agit ici d’un triste effet d’optique: faute de denrées suffisantes dans les zones d’agriculture intensive où ils allaient se nourrir jusqu’ici, ces oiseaux se déplacent en masse vers les jardins. Trompe-l’oeil qui cache en fait la raréfaction des spécimens.

Cette régression apparaît surtout dans les registres tenus au printemps. 41% des espèces fréquentant les jardins aux derniers jours de mai ont vu leurs représentants diminuer en nombre. C’est même une chute de 46% parmi les martinets noirs, ainsi qu’au sein des verdiers d’Europe. Les mésanges bleues décrochent quant à elles de 17%.

Près de 100.000 jardins mis à contribution

Le rapport liste quelques-unes des raisons qui expliquent cette pente descendante, parmi lesquelles la disparition des insectes volants – eux-mêmes décimés par les pesticides – qui prive les oiseaux de ressources, ou les canicules qui les accablent.

On remarque aussi un facteur pratique et bénin en apparence: la rénovation des toitures réduit les possibilités de nidification. Signe supplémentaire que la fragilité croissante des écosystèmes et les pratiques humaines mettent en péril non seulement les familles d’animaux rares mais aussi les volatiles du quotidien.

S’il est un ensemble qui ne décroît pas en revanche, ce sont les compteurs se prêtant à ce jeu des plus sérieux. La Ligue de protection des oiseaux se félicite ainsi d’un nombre de volontaires en hausse constante depuis dix ans. En janvier 2022, ils étaient 24.048 à contribuer. 95.418 jardins ont servi aux besoins de la cause au cours de la décennie écoulée. Des moyens qui ont permis de compter 6,5 millions d’oiseaux en quelque 115.000 heures d’observations cumulées.

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